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 à perte de vue,

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CIVIL

MESSAGES : 5
MÉTIER : Pêcheur.

Dans à perte de vue,
Le Ven 3 Mai - 17:27

à perte de vue des lacs gelés qu'un jour j'ai juré d'enjamber


NOM DE FAMILLE : Zhou
PRÉNOM : Jingwei
DATE ET LIEU DE NAISSANCE : 25 mai 1990, à Suzhou, dans la province de Jiangsu.
NATIONALITÉ : Chinois.
MÉTIER : Pêcheur.


à perte de vue des défilés, des filets levés
des filles à lever, des défis à relever
des prix décernés à tes yeux


Il était inévitable que la Chine nouvelle se lève sur les ruines de l’ancien pays, et de même était-il évident que pour se construire, Jingwei dut arracher les racines de son père et pousser en sens inverse.
Le dédain lui vint aussi naturellement que l'âge adulte, et en fait d'âge adulte ce n'était bien sûr qu'une majorité adulescente dont on se targue trop vite. Il fallait s’affranchir de l’image d’Épinal du pêcheur chinois au visage bronzé et peu éduqué. Il fallait tuer le père.
Il avait grandit dans une ville que l'eau envahissait dans chaque artère. Les boyaux marécageux s'étendaient en longueur jusqu'au bras de mer où sous un soleil torve, on ferrait par centaines les fritures nauséabondes. Les nuits infinies d’août, les cohortes de moustiques et de mouches frappaient à leurs fenêtres à tour de rôle. Il avait appris à vivre au rythme de cette chaleur latente, qui n'était que plus ou moins douce, ou plus ou moins humide de temps à autre. Comme des millions d'autres enfants, Jingwei était unique. Encore aujourd'hui, il ne saurait pas réellement dire si c'était la température ambiante ou la chaleur de sa mère qui était la plus supportable. Rétrospectivement, les deux se mêlent et contribuent à l'étouffer.
Il aurait été en accord avec un certain ordre des choses de suivre les traces de son père dans les barques à moteur et les filets plongés, mais un autre ordre l'amenait à tout bouleverser. C'était un nouvel état des choses, qui prenait les noms de revanche sociale et d'idéologies il y a bien longtemps dénaturées, et qui allait l'extirper des puanteurs sordides de son ancien futur vers les cimes alarmantes des immeubles de Shanghai.
Il y avait en lui une médiocrité sourde qui ne demandait qu'à s'exprimer, et contre laquelle il menait une lutte acharnée. L'univers dans lequel il était appelé à évoluer ne faisait pas grand cas de ceux qui pensaient petit. C'était un message qui lui avait été envoyé ; ou plutôt qu'il avait su entendre. Il était plutôt bon pour ce genre de choses. Il demeurait en alerte, sensible au moindre bruissement dans son milieu, flairant avidement le moindre chemin prometteur. Ce penchant naturel pour l'intuition, cette capacité à sentir les remous dans la surface apparemment lisse des microcosmes humains, il lui sembla bon de l'exploiter au maximum. Il avait par chance ce qu'il fallait de flair et de détermination conjugués pour qu'un travail acharné achève de le faire passer pour bon. Un bagout naturel et un talent insoupçonné pour séduire un public et escroquer les masses firent le reste.

Jingwei était un homme de cette Chine nouvelle, cruelle, et individualiste, et elle l'avait allaité de cette même cruauté. Il était en son sein comme un milliard d'autres, et il le ressentait avec acuité ; comme il ressentait la nécessité de se battre contre ces milliards de pantins et de compétiteurs sans visages.
C'était l'ordre d'un monde nouveau et tremblant qui le poussait hors de lui même, toujours plus loin en lui même, aux confins des ses possibilités, en quête de ses limites.
Le monde était un horizon de conquêtes à perte de vue, et de conquêtes en tout genre. Et Jingwei éprouvait le besoin d'éprouver son art à cible plus restreinte et sur un plus long terme ; il lui fallut accorder sa voix à différentes oreilles pour mesurer l'étendue de sa gamme. Il eu vingt-cinq ans. Il fut orgueilleux et charmeur. Il eut vingt-sept ans. Il fut prodigue et condescendant. Il eut vingt-neuf ans. Il fut ambitieux et sans pitié. Il eut trente ans.
Il aurait été faux de dire que cette vie de succès brefs et puissants ne lui convenait pas, existence nomade dans la ville brûlante. Mais la mer montait, vers d'autres possibles et il lui fallait toujours nager avec le courant. Il prit le navire en marche pour une évolution brusque du genre humain, et pour le moment il fallait mieux demeurer spectateur. C'était un pressentiment qu'il avait eu.

Il abandonna peu de choses, un appartement vidé, dans le vieux Shanghai qui n'était plus si reconnaissable, pour quand il reviendrait — mais en son fort intérieur il ne pensait pas que cela serait pour bientôt. Le vent tournait. Il laissait derrière lui avant toute chose un être volubile et social avec lequel il ne s'identifiait plus qu'à moitié, et il se laissa aller à un penchant personnel pour le silence.
Un psychologue moins bon que lui aurait dit qu'il essayait une dernière fois de tuer le père ; aux tréfonds de lui même il savait qu'il ne désirait que s'immerger du père, y entrer comme dans une eau profonde et s'y noyer, pour que le corps rejeté finalement au rivage soit le sien propre et définitif. Les mêmes vêtements de toile, les mêmes occupations, tout ce qui pouvait converger en ce but.
Il était encore tôt, songeait-il, pour entamer son repli en lui-même à la manière des crustacés. Mais la coquille était idéale et l'occasion immanquable.
Il prétexta la retraite spirituelle, mais il ne faisait que se rapprocher du cœur de l'agitation, et le calme ambiant ne masquait que les désordres à venir. Il le sentait. Son sang battait à tout rompre en l'imaginant. Il éprouvait un plaisir féroce à l'idée de côtoyer la transformation et la mutation à visage découvert, et de se rapprocher ainsi de plus en plus des limbes de l'humanité. Les choses, ainsi semblait-il, ne se passeraient pas sans lui.
Ce qui l'attirait sur l’Enéide c'était la possibilité même de l'insularité, à laquelle il ne croyait pas jusqu'à présent. Il avait le sentiment que cela le concernait lui-même à un degré intime. Il n'était pas une île, mais il pouvait faire semblant.
Il avait choisi la nuit car c'était plus simple, et parce qu'il aimait le bruit et les odeurs qu'offraient la nature dans son obscurité. Mais rien n'était plus ironique, songeait-il, que de chercher la nature sur cet atoll artificiel où lui même, sous ses chemises en toile cousues à la main, couvait d'étranges insectes.


à perte de vue du déjà vu, du déjà vécu
se précipitent à mes trousses


QUE PENSEZ-VOUS DES ANDROIDS ? Avant tout de chose, c'est de la curiosité qui l'anime. Il veut voir jusqu'où toute cette entreprise pourra bien aller. Alors il s'intéresse franchement aux androids, au risque de manquer de les considérer comme ses semblables.
ENVISAGERIEZ-VOUS, DANS UN FUTUR POSSIBLE, DE LES REJOINDRE ? Dans la conjecture actuelle, cela ne lui apparaît pas préférable au statut d'observateur. Mais au gré des modulations du futur, rien n'est exclu.


voile d'eau dans la coque du poséïdon


PSEUDO : BRETON
ÂGE : mineur
SEXE : la nuit tous les chats sont gris.
COMMENT AVEZ-VOUS CONNU CA.BE ? amen batman
QUELQUE CHOSE À RAJOUTER ? C'est sympa ici, un peu d4rk mais sympa.
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Dans Re: à perte de vue,
Le Ven 3 Mai - 17:50

J'étais persuadée que Jingwei serait joué comme un vieux maître de kung-fu mais tu lui apportes beaucoup d'humanité et de nuances, une agréable surprise. Ses origines ne sont pas non plus rendues accessoires ni caricaturales, et ça aussi c'est bien.
Au nom du père, de la mer, du yin et du yang, je te valide.
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à perte de vue,

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